Face aux attaques des librairies par l’extrême droite, les travailleureuses du livre ripostent
SUD Culture Solidaires organisait le 16 janvier à Paris une conférence de presse au sujet des attaques visant le monde de la culture et en particulier les librairies. À travers ces attaques, ces deux dernières années, ce sont le soutien à la Palestine et la lutte contre le génocide à Gaza qui sont également prises pour cible. Cette offensive réactionnaire de la part de groupuscules d’extrême droite fascistes et sionistes, d’élu·es de droite ou d’extrême droite et d’institutions prend différentes formes : menaces, dégradations, occultation de vitrine, retrait de subventions et le 7 janvier 2026 a marqué une nouvelle étape répressive avec la perquisition de la librairie Violette and Co.
Au cours de la conférence de presse, ont pris la parole, outre des membres de la branche Métiers du livre, Maitre Laforcade, avocat qui accompagne Sud Culture Solidaires et défend Violette and Co, une personne du Book Bloc (assemblée générale des travailleureuses des librairies), Jean Morisot des éditions indépendantes La Fabrique et le fondateur de la librairie Petite Égypte (Paris), Alexis Argyroglo, dont la vitrine a été taguée à l’acide en novembre dernier. Les communiqués des librairies Violette and Co (Paris) et Transit (Marseille) ont été lus.

Ces prises de parole intervenaient quelques jours après une attaque sans précédent contre la librairie Violette and Co, perquisitionnée le mercredi 7 janvier au matin par un procureur de la République, accompagné de cinq policiers armés, dont l’un était masqué, pour saisir From the River to the Sea, un livre de coloriage pédagogique sur l’histoire de la Palestine, qu’aucun arrêté ministériel n’a par ailleurs interdit. Notre avocat relève des moyens disproportionnés et interroge la méthode de cette perquisition humiliante et choquante : l’ensemble de l’équipe, dont un·e stagiaire et un·e alternant·e, a notamment été aligné pour procéder à un contrôle d’identité non consenti.
Profitant de la présence de ces officiers de police, les libraires ont demandé des nouvelles de leur plainte déposée en août, à la suite de la vandalisation à l’acide de leur vitrine, acte qui visait ce même livre de coloriage. À cette question, la police a répondu que la plainte a été perdue ! Lors de notre conférence de presse, Me Laforcade a ainsi révélé que près de huit plaintes sur dix sont actuellement classées sans suite dans ce type de dossiers. Pourtant, rappelait-il, il est entre autres aujourd’hui tout à fait possible de retracer l’achat d’une peinture. Ces plaintes devraient aboutir et nous travaillons avec Me Laforcade pour que les librairies ne soient pas seules dans ces épreuves. Notre branche syndicale a ainsi publié un Petit guide d’autodéfense contre l’extrême droite à l’usage des libraires, en donnant les premier réflexes à avoir en tête en cas de problème, les droits des salarié·es et les devoirs des employeur·euses et en proposant d’accompagner juridiquement les librairies qui porteront plainte.
Enjeux LGBTQIA+, antifascisme, solidarité avec le peuple palestinien, avec les personnes victimes de viol… les sujets qui suscitent ces attaques ou ces interventions policières sont nombreux. Beaucoup de libraires subissent des intimidations sans qu’elles soient rendues publiques. Relevons également que parmi les librairies citées, plusieurs subissent des attaques répétées et des campagnes d’intimidations qui durent parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois : ces actes de vandalisme, de répressions politiques et policières, ces harcèlements en ligne ou au téléphone qui s’accompagnent de menaces physiques constituent désormais une réalité concrète pour une partie des travailleureuses du monde du livre. Comme l’a souligné le centre d’archives LGBTQI+ de Paris, cette perquisition de police ne doit cependant pas être isolée des autres cas d’atteintes à la liberté de lieux culturels et communautaires tels que La Marbrerie à Montreuil, le Bonjour Madame ou le Merci Marsha à Paris.
Les acteurs et actrices du monde du livre se mobilisent et s’organisent
En fin d’année dernière, Violette and Co avait déjà été l’objet de menaces de la part de la droite institutionnelle, le conseil de Paris ayant tenté de retirer à quarante librairies une subvention de 482 000 € en la pointant elle, et ce livre de coloriage, du doigt. Une menace qui n’est pas allée au bout grâce à la mobilisation du secteur et de l’équipe de Violette and Co qui entendent bien réagir, dénoncer, se défendre. La région Île-de-France a quant à elle condamné la librairie en la retirant d’un appel à projets pour lequel les votes la favorisaient. Nous déplorons l’alliance entre l’agenda de groupes identitaires et sionistes violents et celui des élu·es de droite, voire de gauche (PS) pour ce qui est de la proposition de loi n°575 soumise aux débats cette semaine à l’assemblée, qui entend un peu plus réprimer le soutien à la Palestine et la critique de l’État d’Israël.
Les librairies – tout à la fois vitrines de la chaîne du livre et commerces de proximité – doivent rester des lieux vivants, des espaces de débat face au narratif réactionnaire de plus en plus présent dans l’espace public, médiatique et politique. Il n’y aura jamais une époque où l’extrême droite ne sera pas violente, où son projet ne sera pas d’exclure, de discriminer, de réprimer et de violenter des communautés et des populations, en revanche ce qui lui permet d’exercer sa violence et ce qui permet de la légitimer ou de la minimiser, c’est le manque de prévention, le manque de garde-fous et la complaisance dont font preuve la droite et le reste de la société à son égard.
L’autocensure n’est pas un horizon politique viable. Il est indispensable de riposter à tous les niveaux contre l’extrême droite et ses allié·es : syndicalement, juridiquement, politiquement.
Prochains rdv
Un rassemblement à l’appel du Book Bloc, de la CGT Librairies et de la branche Métiers du livre de SUD Culture Solidaires est en cours d’organisation.
Le 1er février, Cultures en lutte IDF organise une table ronde au sujet des librairies attaquées, après laquelle se tiendra une assemblée générale dédiée aux libraires et à leurs allié·es, le tout sera retransmis en live sur YouTube. Soyons nombreux et nombreuses à participer ou à suivre ces échanges, à se montrer, à se rencontrer, à en organiser d’autres.
SUD Culture Solidaires
21 janvier 2026